QU’EST-CE QUE LA DOULEUR ?

A part quelques personnes atteintes d’une maladie génétique  ou de maladies neurologiques et qui ne ressentent aucune douleur, nous connaissons tous à un moment ou à un autre cette expérience désagréable. Du petit bobo sans importance aux douleurs insupportables qui rendent la vie impossible, tout le monde y passe un jour ou l’autre !

Mais finalement de quoi parle-t-on au juste ?

La douleur gâche la vie de nombreux sujets et personne n’y échappe. Il nous semble lorsque cela nous arrive que nous sommes seuls face à la douleur et que personne ne peut comprendre ce qui nous arrive, alors que c'est une des expériences humaines les plus universellement partagées. Chacun vit ce phénomène à sa manière et il est extrêmement difficile de partager ce que l'on ressent avec son entourage.

Mais au fait, comment définir ce qu'est une douleur ? Ce n’est pas si simple !

Et pourtant, la connaissance de la douleur et de ses mécanismes permet de mieux la gérer et de la diminuer, voire de la supprimer.


Une définition“officielle”


Une définition de référence de la douleur a été donnée en 1979 par L'IASP (International Association for the Study of Pain) :
« La douleur est une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en termes d’une telle lésion »
Chacun des termes de cette définition est important et nous pouvons suivre ce canevas pour tenter de mieux comprendre ce qu’est la douleur.


Une expérience sensorielle…

Cela signifie que la douleur est une sensation. Au même titre que la faim, la soif, la fatigue, etc. Il s’agit de quelque chose que nous ressentons, et qui a pour but de nous faire réagir. Quand on ressent de la faim, c’est-à-dire quand notre organisme manque d'énergie, de “carburant”, la sensation de faim, qui n'est pas très agréable quand elle dépasse le simple appétit, nous pousse à nous alimenter pour recharger le corps en nutriments nécessaires à la vie. De même, la déshydratation de l'organisme entraîne la sensation de soif qui nous incite à boire pour remédier à cette déficience.
Il en est exactement de même pour la douleur. Certains événements (blessure, maladie, coups, chocs, etc.) occasionnent des douleurs. Nous verrons plus loin qu’il n’est pas nécessaire d’être réellement blessé ou malade pour ressentir une douleur. Quoi qu’il en soit, dans les cas les plus simples, c’est tout de même lors d’une blessure que nous ressentons une douleur. Il y a au départ de la douleur une lésion. Mais parfois seul un risque de lésion suffit à déclencher une douleur! Une lésion peut être à l’origine d’une douleur, mais pas toujours ! Nous reverrons cela plus tard parce que c’est fondamental quand on s’intéresse aux douleurs chroniques.
Lorsque nous ressentons une douleur, la réaction normale et instinctive est de faire en sorte qu’elle s’en aille ! Parfois, il suffit de bouger, changer de position, cesser l’activité en cours, se reposer, pour que tout rentre dans l’ordre. Et c’est heureusement ce qui est le plus fréquent. Mais dans certains cas, lorsque nous sommes blessés par exemple, des soins sont nécessaires et nous devons alors voir un médecin ou un autre professionnel de santé (un kiné par exemple…) pour recevoir le traitement qui permettra la guérison. Une fois que la lésion de départ est guérie, plus de douleur !
Malheureusement, il arrive parfois que ce scénario ne se déroule pas aussi simplement et que la douleur persiste même quand la lésion est guérie. C’est ce qui conduit à ce qu’on appelle la douleur chronique ou douleur persistante.

Pour l’instant, retenons que la douleur est une sensation. Et une sensation est un processus qui sert à nous faire prendre conscience que quelque chose se passe en nous ou dans notre environnement.




Une expérience émotionnelle…

Personne n’aime avoir mal. C’est même à cela que sert la douleur, c’est fait pour être désagréable, nous le verrons plus bas. Et quand il nous arrive quelque chose de désagréable cela suscite en nous des émotions diverses, par exemple de la peur, colère, tristesse, anxiété, etc. Et ces émotions sont si pénibles que cela nous incite à faire en sorte que cela cesse, et donc à agir pour supprimer la douleur ou demander de l’aide. Encore faut-il savoir que des solutions existent et que quelqu’un peut vous aider…
La douleur est donc en relation avec les émotions.
Sachez également que nos émotions peuvent aussi modifier la douleur, en l'augmentant ou en la diminuant ! Là encore, nous en reparlerons plus tard, mais ça ne simplifie pas les choses !

Une expérience désagréable…

Oui, c’est très désagréable d’avoir mal et même parfois à un point inimaginable.
Le ressenti agréable ou désagréable de nos expériences ne résulte pas du hasard. En général, nous ressentons comme agréable ce qui nous est bénéfique et à l’inverse ce qui n’est pas bon pour nous, nous est désagréable. C’est là le fruit de milliers d’années d’évolution et c’est sans doute à ce phénomène (entre autres) que nous devons d’être encore en vie aujourd’hui, je vous laisse imaginer ce qu’il peut se produire quand nous trouvons agréable ce qui est dangereux pour nous (alcool, tabac, drogues, conduites à risques, excès en tous genres, etc.) !
Un autre point important à souligner dès à présent, c’est que la définition nous dit que la douleur est une “expérience”. C’est-à-dire que c’est quelque chose que nous vivons, qui vient de nous, de notre système nerveux en réalité. Ce n’est pas quelque chose que nous “avons” et qu’il suffirait de retirer pour en être débarrassé (c’est pourtant ce que nous aimerions tous quand nous avons mal, un remède miracle qui supprimerait toute douleur instantanément !), mais au contraire il s’agit bien d’une expérience, d’un moment de vie et de la réaction de notre organisme face à un évènement qui présente un danger pour nous ou qui est perçu comme dangereux par notre système nerveux, à tort ou à raison. Et c’est par la **modification de cette perception** que l’on peut changer les choses et diminuer ou supprimer la douleur.
C’est que nous dit la définition de la douleur de l’IASP :
La douleur est donc une expérience :
« liée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite en termes d’une telle lésion ».
Que la blessure soit réelle, qu’il y ait seulement un risque de blessure, ou bien que l’on pense juste être blessé, on peut dans chacun de ces cas, et dans certaines circonstances particulières, ressentir une douleur. Même s’il n’y a pas de lésion réelle ! A l'inverse, il peut y avoir une lésion sans aucune douleur ! Tout est affaire de contexte.

Et c'est cette notion très importante qui a inspiré au Professeur Lorimer Moseley la définition suivante de la douleur :

La douleur est une expérience consciente désagréable qui provient du cerveau quand la somme de toutes les informations disponibles suggère que vous avez besoin de protéger une zone particulière de votre corps.


Il ne s’agit pas pour autant de douleurs imaginaires, la souffrance est bien réelle, mais la cause n’en est pas forcément celle qu’on pense.


Conclusion

Nous voyons donc que la douleur, si elle est une composante normale et utile de l’existence, est cependant un phénomène extrêmement complexe. C’est probablement la raison pour laquelle parfois, les traitements qu’on vous propose ne sont pas ou peu efficaces sur la douleur. C’est par la connaissance des mécanismes à l’origine de la douleur que l’on peut trouver des solutions permettant d’améliorer votre situation. Il faut que les soignants aient cette connaissance, mais pas seulement. Si vous aussi vous comprenez ce qu’il se passe quand vous ressentez une douleur, vous serez mieux armé·e pour gérer cette douleur, avec l’aide de votre thérapeute bien sur.