MISE AU POINT SUR LE MAL DE DOS

Vous pensez que vous êtes seul dans votre lutte contre les maux de dos ? Il n'en n'est rien.

Entre 20 et 90 ans, les trois quarts de la population auront à un moment donné des douleurs lombaires. La prévalence de la lombalgie (sur leur vie entière) dans la population adulte varie selon les études de 66 % à 75 %. Ceci signifie que 66 % à 75 % des personnes souffriront au moins une fois dans leur vie de lombalgie.


Quelle est la cause toutes ces douleurs dans le dos?

La réponse la plus évidente qui vient à l’esprit de la plupart des gens est que la douleur est causée par un problème structurel dans le dos lui-même : anomalies de la colonne vertébrale, dégénérescence discale, hernies discales et autres formes de « causes physiques » de la douleur. D’après ce qu’on nous a enseigné sur la douleur, c’est logique.

Cependant, la recherche et la science concernant la douleur suggèrent exactement le contraire. Voici un résumé des connaissances les plus récentes sur la douleur du dos :
  • Il n' y a pas de corrélation fiable entre les anomalies physiques de la colonne vertébrale (comme les hernies discales) et la présence de douleur.
  • Avec le temps, la plupart des hernies discales disparaissent spontanément d’elles-mêmes, sans intervention médicale.
  • Les résultats du soulagement de la douleur par des interventions physiques comme la chirurgie du dos ne sont pas significativement différents de ceux des approches plus conservatrices et des effets placebo.
  • Nos attitudes, nos sentiments et nos croyances au sujet du mal de dos ont un impact mesurable sur le niveau de douleur physique que nous ressentons.
  • Les traitements pour le mental (conçus pour changer les attitudes, sentiments et croyances au sujet de la douleur) peuvent réduire de façon mesurable les maux de dos avec le temps.

Examinons de plus près ces données et répondons à certaines questions qui vous préoccupent.


Foire aux questions sur la douleur au dos

J’ai mal au dos et mes résultats d’IRM sont anormaux. Logiquement, cela ne signifie-t-il pas que les anomalies de mon IRM sont la cause de ma douleur?


Non, probablement pas.
Il n’y a aucune corrélation entre les lésions visibles sur les radiographies ou les IRM et les douleurs du dos. Ce fait est démontré par de nombreuses études depuis plusieurs années.
Par exemple , cette étude cherchant à vérifier si les IRM pouvaient être utilisées pour prédire le risque de lombalgie :
Des sujets lombalgiques et non-lombalgiques ont été examinés par IRM à la recherche d'anomalies. On pourrait s'attendre à ce que les sujets porteurs de lésions de la colonne vertébrale présentent plus de lombalgies, et inversement pour les sujets non-douloureux qui devraient avoir des rachis normaux.
Eh bien, non ! 32% des sujets n'ayant aucune douleur lombaire présentaient des lésions (dégénérescence discale, hernie discale, arthrose, compression nerveuse). 47% des sujets lombalgiques avaient des IRM parfaitement normales. De plus, pendant l'année suivante, 13 sujets ont présenté des douleurs lombaires pour la première fois, sans aucune modification dans les résultats d'IRM qui auraient pu expliquer cela.
À la lumière de ces résultats, l’étude a conclu qu’il n’y avait pas de lien clair entre l’aspect IRM de la colonne lombaire et les douleurs lombaires.

Ces résultats ne sont pas les seuls : des conclusions similaires ont été tirées depuis des décennies. Le New England Journal of Medicine a publié une étude  en 1994, présentant des résultats similaires et qualifiant la découverte de hernies discales chez les personnes souffrant de douleurs lombaires de « fréquemment fortuites ».  Une autre étude de 2001 conclut que « les résultats des examens par résonance magnétique n’étaient pas prédictifs du développement ou de la durée de la douleur lombaire ». Dans cette étude de 2006, les chercheurs concluent que « l’impression obtenue par IRM ne détermine pas si la sténose lombaire est une cause de douleur ». Une autre , de 2001 décourage les médecins d’utiliser cette technologie, citant que la radiographie de la colonne lombaire « n’est pas associée à une amélioration du fonctionnement du patient, de la gravité de la douleur ou de l’état de santé général, mais qu’elle est associée à une augmentation de la charge de travail des médecins ».

Lorsque nous souffrons, nous voulons trouver une explication simple à la douleur. Il est facile de voir une hernie discale et de lui attribuer la douleur. Cependant, comme les données le suggèrent, ces anomalies ne causent PAS la douleur.


Mais j’ai une hernie discale… comment cela peut-il guérir sans intervention médicale?


En fait, ça arrive tout le temps. La « résorption spontanée », comme on l’appelle dans le monde médical, est l'évolution attendue pour la majorité des hernies discales. C’est pourquoi la plupart des médecins optent pour une approche conservatrice « d’attente et de surveillance » plutôt que de recommander des interventions physiques. En 2017, un groupe de chercheurs a compilé les résultats de décennies d’études sur l’incidence de la résorption spontanée des hernies discales lombaires. D’après la recherche, ils ont conclu que cela s’applique à environ les deux tiers des cas.




Les traitements placebo sont-ils vraiment aussi efficaces que les options invasives ou chirurgicales pour les maux de dos?


D’autres recherches sont nécessaires pour obtenir une réponse définitive, mais la conclusion est résumée plus clairement par le Dr Ian Harris dans son livre, "Surgery : The Ultimate Placebo": (Chirurgie : le Placebo Ultime): "Il y a très peu de preuves que la chirurgie par fusion (arthrodèse) de la colonne vertébrale soit efficace pour les douleurs dorsales". La chirurgie par fusion rachidienne, bien que de plus en plus populaire et fréquente, n’a eu un effet positif que dans des conditions très spécifiques. Comme le souligne une équipe de médecins dans "Surgery – The Case for Restraint :  « l’efficacité[de la chirurgie de fusion rachidienne] pour les indications les plus courantes, telles que la maladie dégénérative des disques, reste incertaine ».

Dans la plupart des études de recherche comparant des approches de traitement agressives (comme la chirurgie par fusion rachidienne) à des approches non invasives, les résultats montrent que tous les groupes s’améliorent au fil du temps, à des taux à peu près égaux. Même dans les situations où les interventions chirurgicales produisent des résultats plus immédiats, l’efficacité de l’option chirurgicale est généralement égale à celle d’autres groupes au bout de cinq ans. Mais la chirurgie n’est pas le seul placebo – il y a des preuves que les médicaments sous placebo, même lorsqu’ils sont ouvertement étiquetés comme tels, peuvent mener à des résultats positifs pour la lombalgie. Une étude menée en 2016, qui a comparé les résultats d’un placebo ouvert sur des douleurs lombaires chroniques à ceux d’un traitement habituel, a révélé que « l’ajout d’un placebo ouvert à un traitement habituel a entraîné une réduction significativement plus importante des douleurs lombaires chroniques et des incapacités liées à la douleur que le traitement habituel. La réduction additionnelle de la douleur produite par le placebo ouvert était d’environ 30 % des évaluations initiales de la douleur et de l'invalidité. »

Donc la question demeure. Peut-on améliorer l'intensité des maux de dos et d’invalidité en utilisant la chirurgie et les médicaments sur ordonnance ? Peut-être. Mais ces résultats sont-ils plus significatifs qu’un effet placebo ? Ce n’est pas clair.


Mais mon dos est raide et douloureux… cela doit signifier qu’il est en fait plus raide et a plus de dommages tissulaires que les gens qui ne ressentent aucune douleur. Pas vrai?


Il y a des preuves que la façon dont vous vous sentez et votre expérience de la douleur est plus fortement influencée par des facteurs non physiques. Une étude menée en 2016 a révélé qu’« un sentiment de raideur dorsale est peu lié à des causes biomécaniques de raideur dorsale » – en d’autres termes,« les personnes souffrant de douleurs dorsales peuvent se sentir raides, mais il semble que ce n’est pas parce qu’elles sont objectivement raides ». Étant donné l’absence de corrélation entre les résultats d’IRM et les cas de maux de dos, cela ne devrait pas surprendre. Les chercheurs qui ont participé à l’étude ont également conclu que « … les sentiments de raideur peuvent être un concept savant… pour certaines personnes, les sentiments de raideur peuvent aussi refléter des concepts plus complexes comme la peur du mouvement ».

Qu’est-ce que ça veut dire ?

Fondamentalement, votre expérience du mal de dos n’a presque rien à voir avec l’état physique de votre dos. Cependant, elle implique une interaction complexe d’autres concepts – comment vous ressentez la douleur, si vous craignez le mouvement physique, si vous dirigez votre attention vers la douleur ou si vous vous en éloignez, etc. Les nouvelles formes de traitement de la douleur, comme les techniques pour le mental, incorporent ces idées et travaillent à démêler ces facteurs au lieu de se concentrer uniquement sur l’état physique du dos.


Existe-t-il des preuves que les techniques psycho-corporelles sont efficaces pour soulager les maux de dos?


Oui. Les études sur diverses techniques s'adressant au mental ont permis d’obtenir une réduction de la douleur égale ou parfois supérieure à celle des traitements physiques basés sur l’exercice physique seul, y compris la thérapie respiratoire, la thérapie cognitive et comportementale,  la méditation de pleine conscience,  l’écriture expressive, et plus encore. Cependant, certaines des réductions les plus significatives de la douleur sont venues d’approches qui combinent plusieurs techniques éprouvées pour le mental avec l’enseignement de la science de la douleur et l'exercice physique. Dans le cadre d’une étude de ce genre sur des patients souffrant de douleurs dorsales chroniques, les participants ont constaté une diminution moyenne de 52 % de la douleur, une diminution de la posologie des médicaments, une augmentation des scores de santé physique et un niveau d’activité accru. Alors pourquoi ces traitements semblent-ils efficaces là où les traitements purement physiques sont insuffisants ?



La douleur et l’émotion : une revue biopsychosociale des recherches récentes résume bien cette situation:

 La recherche neuroscientifique en plein essor indique que les processus à l'origine de la douleur dans le Système Nerveux Central (SNC) sont étroitement liés et influencés par les émotions, et que ces phénomènes sont sensibilisés à la fois par des expériences douloureuses ou traumatiques précoces (Goldenberg, 2010) et par une stimulation douloureuse ultérieure des tissus périphériques. Les recherches psychologiques indiquent que la conscience émotionnelle, l’expression et l’expérience ainsi que la modulation émotionnelle en rapport avec la douleur jouent des rôles clés dans l’expérience de la douleur. La recherche sociale indique que les facteurs interpersonnels contribuent à la modulation des émotions négatives par le biais de processus tels que la divulgation interpersonnelle et l’empathie, et que ces processus influencent également la douleur. Ces lignes de recherche convergentes devraient permettre aux cliniciens d’informer les patients sur les façons importantes dont les émotions, qui découlent des relations et des expériences vécues au cours de leur vie et qui sont modulées par des facteurs psychologiques, influencent et sont influencées par les processus neuronaux qui façonnent l’expérience de la douleur.

Que retenir de tout ça ?

Le mal de dos est plus complexe que ce qui se passe dans votre dos, et le traitement de la douleur par une approche biopsychosociale peut être extrêmement efficace.

En fait, le mal de dos est plus une question de sensibilisation du Système Nerveux que de lésions de la colonne vertébrale.

Bonne nouvelle :

Votre Kinésithérapeute peut vous aider à vous débarrasser de vos douleurs, en fonction de ces nouvelles connaissances apportées par les neurosciences.